HYMNAL

les débuts

Aigrefeuille sur Maine


Aigrefeuille-sur-Maine, petite commune rurale du département de la Loire-Atlantique, proche de la Vendée ; c’est là que débute la vie de Félix Moreau. Pour bien comprendre son parcours, il faut revenir au XIXème siècle Aigrefeuille vivait alors comme n’importe quel autre bourg rural ; il y avait, bien sûr, l’agriculture mais aussi le travail du lin et la viticulture. Le bourg lui-même se concentre autour de l’église Notre-Dame de l’Assomption. A la sortie du bourg, se trouve la forge où sont fabriqués les outils et cerclées les roues de charrettes. A l’époque qui nous intéresse, le forgeron est l’arrière grand père paternel de Félix.

A côté de la forge familiale, se trouvait une maison bourgeoise occupée par la famille Trochon. Le jeune Emilien Moreau - grand-père de Félix - jouait souvent avec la fille unique de cette famille. Monsieur Trochon, ayant remarqué l’amitié qui liait les deux enfants, décida de faire partager à Emilien les leçons de solfège, de dessin et de piano que des professeurs nantais venaient dispenser à sa fille chaque semaine.

L'église d'Aigrefeuille actuellement


La paroisse est au centre de la vie du bourg.

A 11 ans, Emilien est enfant de chœur. C’est la nuit de Noël et chacun s’apprête à fêter la naissance du Divin Enfant lorsque, au lieu des cantiques habituels, l’église se met soudain à résonner de chansons lestes. Las ! C’est l’organiste qui a anticipé sur le réveillon et offre aux paroissiens un répertoire peu catholique. Fureur du Curé de la paroisse, qui renvoie le chantre improvisé terminer la fête ailleurs, puis se tourne vers le jeune Emilien, dont il connaissait les capacités musicales et lui déclare " désormais, ce sera toi l’organiste … tu commences dimanche …"

Dure responsabilité !

 


Emilien prend alors des leçons à Nantes avec Monsieur Bazoches, organiste de la Basilique Saint-Donatien.

Le temps passe et Emilien est en âge de travailler ; il aide son père à la forge tout en continuant son service d’organiste. Il se marie et a une fille ainsi que deux fils. Ceux-ci assistent leur père aux offices et, bien évidemment, il les initie à l’orgue. Son fils aîné, Joseph sera aussi organiste ; il deviendra, bien plus tard, curé de l’église Sainte-Madeleine de Nantes.

Le cadet, prénommé aussi Emilien - qui sera le père de Félix - travaille l’orgue avec l’Abbé Courtonne, alors titulaire de l’orgue de chœur de la cathédrale de Nantes (il sera nommé titulaire du grand orgue en 1922) et reprend aussi le métier de forgeron-ferronnier. Exerçant ses fonctions d'organiste d'Aigrefeuille-sur-Maine jusqu'à son dernier souffle en 1979, il fut ainsi titulaire de cet instrument durant 77 ans, ayant succédé à son père à l'âge de 10 ans en 1902 !

Félix Moreau naît le 8 septembre 1922 à Aigrefeuille-sur-Maine. Le jeune enfant accompagne son père aux offices, l’écoute jouer et accompagner les chants. Il reproduit d’oreille ce qu’il entend. Son père l’initie au solfège et à l’harmonium puis à l’orgue. Il est aussi enfant de chœur. A 11 ans, il fait ses débuts d’organiste en jouant une Elévation d’Edwige Chrétien à la Grand’messe du Lundi de Pâques.



Les études


En 1935, il part au petit séminaire de Guérande. Il y étudie le latin, le grec, les mathématiques, l’histoire-géographie … mais aussi le chant grégorien et la polyphonie. Il se lance alors avec passion dans la musique.

En octobre 1937, il entre au petit séminaire des Couëts, où le Père Pierre Jourdon sera son professeur d’orgue. Il commence à travailler avec le Chanoine Courtonne vers 1939 puis entre au grand séminaire en 1941. C’est dans cette période qu’il écrit la Fuguette (1945) qui sera publiée dans la revue " L’Organiste " fondée par le Chanoine Courtonne puis, en 1947, « Sur un vieux Noël vendéen » qu’il dédie à son père, Emilien Moreau, et qui sera aussi publiée dans la même revue l’année suivante.

Il est ordonné prêtre en septembre 1948 ; le mois suivant, il part poursuivre ses études musicales à Paris, à l’initiative de Marcel Courtonne qui, ayant reconnu ses capacités, convainc le supérieur du Grand Séminaire, Augustin Pineau, ainsi que l’Evêque de Nantes, Monseigneur Villepelet, de la nécessité de lui faire poursuivre sa formation musicale.

Félix Moreau travaille alors avec André Fleury pendant un peu plus d’un an - surtout l’écriture et l’interprétation – mais aussi l’harmonie, le contrepoint et l’improvisation.

Il travaille aussi avec Marcel Dupré – surtout la fugue aux règles très strictes.

Mais celui qui le marquera sans doute le plus reste Maurice Duruflé. Enseignant très exigeant – autant avec ses élèves qu’avec lui-même - Maurice Duruflé pouvait passer un temps énorme sur un enchaînement qui ne satisfaisait pas jusqu’à ce qu’il trouve la solution, allant jusqu’à corriger ses propres réalisations s’il en trouvait une autre meilleure, même si la précédente était déjà imprimée.… C’était la recherche de la perfection absolue.

Les leçons d’orgue avaient lieu à l’orgue de chœur de Saint Etienne du Mont, le Grand Orgue n’étant pas encore remonté.

Pour l’interprétation, Maurice Duruflé tenait au respect de la stricte valeur des notes, sans beaucoup d’accents. Pour Franck et les Romantiques, il était plus lyrique. En revanche, la registration, le style et la " couleur " musicale étaient son grand souci.

L’héritage de Maurice Duruflé est encore bien présent dans les œuvres écrites par Félix Moreau mais aussi dans ses interprétations bien qu’il ait beaucoup évolué surtout dans la musique baroque.

Retour à Nantes


Félix Moreau revient définitivement à Nantes en 1953 où il devient le suppléant du Chanoine Courtonne déjà très fatigué ; toutefois, il continue à aller à Paris tous les mois pour travailler avec Maurice Duruflé.

Marcel COURTONNE aux claviers du Grand-Orgue

photo : Maurice Baudet


De plus en plus affaibli, Marcel Courtonne luttera jusqu’à l’extrême limite de ses forces pour continuer sa fonction d’organiste liturgique qui a été l’essentiel de sa vie - l’Ecole César Franck qu’il avait fondée en 1937 formera de nombreux élèves et non des moindres - et à son décès en 1954, le Grand Orgue passera dans les mains de celui qu’il a jugé digne de lui succéder.

 

Félix Moreau lors de sa nomination en 1954


A cette époque, les cérémonies donnaient une place beaucoup plus importante à la musique ; que ce soit l’orgue ou le chant, tous les mouvements des célébrants étaient accompagnés de musique. On utilisait la Liturgie de Saint Pie V, donc le chant grégorien et la polyphonie.

En 1954, Félix Moreau est lauréat du " Prix Laffont ", qui récompense les jeunes artistes nantais. A cette occasion, il présentera une fugue d’école ainsi que ses Trois Motets : Ave Maria, O Sacrum convivium et Tantum ergo qui seront chantés au Conservatoire de Nantes, situé à cette époque rue Harroüys.



Félix Moreau, à la console Gloton-Debierre de 1933

improvisant sur un verset d'un Psaume de Vêpres (le Paroissien sur le pupitre appartenait au Chanoine Courtonne) ; photo prise par son ancien élève Daniel Hameline lors des Vêpres de l'Epiphanie 1956


En 1956, il reçoit le Premier Prix national de musique sacrée au concours organisé par la revue " Musique sacrée ".


Félix Moreau et son père

aux claviers du Grand-Orgue


En 1979, Félix Moreau était nommé Chevalier des Arts et Lettres, en même temps que son père, qui, à l’âge de 87 ans, assurait toujours sa fonction d’organiste à Aigrefeuille-sur-Maine, et deux années plus tard il fut élevé au grade d’Officier.

Il est Chevalier de la Légion d'Honneur