HYMNAL

Du XXème siècle à nos jours


Au début du XXème siècle, le Grand Orgue de la Cathédrale était confié aux soins de la manufacture nantaise BEUCHET-DEBIERRE.
Le directeur intérimaire de la firme, M. Georges GLOTON, assuma la restauration de 1933.
Celle-ci fut demandée par Mr le Chanoine COURTONNE qui illustra la tribune du Grand Orgue pendant plus de 30 années.
Depuis les travaux de MERKLIN du siècle précédent, aucune réparation importante n’avait été entreprise. Il était temps d’y songer.

Nommé titulaire du Grand Orgue en 1922, Marcel COURTONNE s’employa aussitôt à préparer cette restauration. Par sa ténacité, il réussit à obtenir l’approbation de l’Evêque, Monseigneur LE FER DE LA MOTTE et du Chapitre, ainsi que les fonds nécessaires.


La restauration de 1933


Les travaux commencèrent en 1927 pour s’achever en 1933.

Le Grand Orgue s’enrichissait de 14 jeux nouveaux, ce qui le portait à 53 jeux. Il fallait, ainsi que l’écrivait M. COURTONNE, « garder au vieil orgue, jadis illustré par le célèbre CLICQUOT, le caractère de ses timbres anciens, mais en même temps le doter d’un mécanisme moderne et l’enrichir de sonorités permettant l’exécution de la musique moderne ».

Tel était l’esprit de cette restauration.

Le dimanche 19 février 1933, Monseigneur LE FER DE LA MOTTE bénissait solennellement l’instrument restauré, tandis que Louis VIERNE donnait le traditionnel récital.


plaque commémorative du récital de 1933

située à l'intérieur du buffet


Outre la nouvelle console, qui remplaçait l’ancienne « en fenêtre », et le pédalier normalisé, l’originalité de cette restauration consistait dans la mise en place d’un Récit expressif de caractère romantique.

A cette époque, hormis de rares exceptions, il était en effet impensable de restaurer un instrument, fût-il historique, sans le modifier de façon à pouvoir interpréter les pages de la littérature romantique et symphonique. Initiative qui, certes, élargissait les possibilités de l’instrument, mais altérait quelque peu l’unité et l’esprit de l’œuvre réalisée par CLICQUOT, type même de la facture classique française. Aussi bien est-il permis de regretter la disparition du clavier d’Echo et de deux cornets de CLICQUOT (au Récit et à l’Echo).

Le pédalier normalisé permettait l’exécution de toute la musique d’orgue classique et moderne, mais l’on peut rêver de l’extraordinaire impression de profondeur et de solennité que devaient donner les notes graves du jeu de bombarde sur l’ancien pédalier ravalé jusqu’au fa inférieur.

Egalement, le système de traction mécanique directe des transmissions fut transformé en système pneumatique (machine DEBIERRE). Seul, l’accouplement du Positif au Grand Orgue resta mécanique.


Dans la tourmente


Hélas ! en 1939, un nouveau cataclysme allait bouleverser la vie des hommes et mettre, une fois encore, le Grand Orgue en péril : la guerre. Le pays, entièrement envahi par les armées d’occupation, vivait dans l’espoir de la Libération cependant qu’il subissait d’incessants bombardements. Nantes ne fut pas épargnée.

Le 16 septembre 1943, au cours d’un bombardement, le souffle d’une bombe, tombée place Maréchal Foch, pulvérisa plusieurs vitraux de la cathédrale et ébranla les orgues.

Le 15 juin 1944, un très violent bombardement atteignit à nouveau la Cathédrale : plusieurs bombes tombèrent sur le chœur de l’édifice, tuant quelques personnes, dont M. le Chanoine POUPARD, Archiprêtre de la Cathédrale, qui fut écrasé à l’entrée de la crypte, alors transformée en abri.

Si le Grand Orgue ne fut pas directement touché, il n’en subit pas moins de graves dommages, causés par le souffle des déflagrations, la chute des voûtes et les débris de la grande verrière de la façade.

La nécessité d’une restauration s’imposait ; du reste, un dommage de guerre était affecté à l’instrument. L’Administration des Beaux-Arts, qui avait à charge les orgues historiques, y prit intérêt, ainsi que le Conseil Général de la Loire-Atlantique.

Réticent au début, M. COURTONNE y consentit « à condition que l’on conserve intacts les anches et les incomparables cornets ».



La restauration de 1961


1952. Un projet de restauration est proposé aux Beaux-Arts par le facteur Joseph BEUCHET. Ce projet reçoit l’accord de M. COURTONNE ainsi que l’agrément de l’Evêque de Nantes, Monseigneur VILLEPELET, et de Monseigneur BESNIER, Maître de Chapelle de la Cathédrale.
M. Gaston LITAIZE, rapporteur officiel de la Commission des Orgues aux Monuments historiques, donne également son approbation et ses directives.

1955. Le 10 septembre, la Maison BEUCHET reçoit l’ordre de service. En une première tranche de travaux, l’orgue sera porté à 74 jeux sur les 89 prévus. Tout est à l’espoir.

1960. Déception : lors d’une visite d’inspection, M. l’Architecte en chef des Monuments Historiques constate que le badigeon dont avaient été recouvertes les voûtes de la Cathédrale s’effrite et tombe.
Les Beaux-Arts décident de restaurer d’abord la tribune et les voûtes. Cependant, le vieil orgue tient toujours.

Le dimanche 12 février 1961, il se fait entendre pour la dernière fois. Console, soufflerie et tuyaux sont déposés en même temps que l’on monte les échafaudages nécessaires à la réfection des voûtes et de la tribune.

Fin décembre 1963, les travaux sont terminés, mais ils reprennent à la première travée de la nef, prolongeant le silence de l’orgue.

Il faudra attendre jusqu’en 1971 pour voir peu à peu la tribune s’animer, le vieux buffet réparé et décapé, les impressionnants tuyaux de montre reprendre un à un leur place entre terre et ciel.

La restauration de 1971 a essayé de retrouver les apports des facteurs qui, pendant plus de trois siècles (de 1619 à 1971), ont façonné cet admirable instrument. Mais, en même temps, elle a apporté un enrichissement considérable de la palette sonore, notamment des mixtures qui faisaient défaut. Dans l’instrument présentement restauré, la traction des claviers et des jeux est désormais électrique. Les sommiers sont à gravure. La console est pourvue de 36 poussoirs de combinaisons réversibles pour les tirasses, accouplements et appels, d’une pédale expressive pour le Récit et d’une pédale de crescendo. On y trouve 4 combinaisons fixes par clavier et 6 combinaisons générales qui pourront devenir ajustables par la suite. L’instrument possède 74 jeux réels. La deuxième tranche devrait le porter à 89. Les 4 claviers manuels sont portés à 61 notes, le pédalier à 32.

Le nombre des tuyaux s’élèvera à 6800 lorsque l’orgue sera définitivement terminé, mais le sera t’il, du moins dans cette optique ?


l'orgue vu de dessus

photo : JP Drapeau

L'avenir


Inauguré le 21 novembre 1971 par Gaston LITAIZE et Félix MOREAU, le Grand Orgue fut menacé gravement par un incendie, dû à l’imprudence d’un ouvrier plombier, qui ravagea complètement la magnifique charpente de la toiture de la Cathédrale et endommagea les voûtes, l’après-midi du 28 janvier 1972.




Félix Moreau, aux claviers après l'incendie



L’orgue n’eut pas à souffrir du feu, mais subit quelques dégâts consécutifs à l’arrosage de la toiture par les lances d’incendie.

La Cathédrale fut fermée au Culte pendant 2 ans environ, mais l’instrument restait jouable et son titulaire s’y rendait plusieurs fois par semaine, ce qui évita un empoussièrement trop important. La restauration de l’édifice se poursuivit pendant de longues années et, en 1985, un Office solennel, où l’orgue tint une grande place, consacrait la réouverture du chœur de la Cathédrale.



le choeur de la Cathédrale

photo : JP Drapeau




Après Joseph BEUCHET, les facteurs agréés qui eurent la charge de l’instrument furent successivement :

- Jean RENAUD, qui, à la demande de l’organiste titulaire et du technicien-conseil Eric BROTTIER, revoit l’harmonisation des jeux de mixtures du Grand Orgue et du Positif, opération qui doit se poursuivre. Un plan de restauration est à l’étude avec le nouveau technicien–conseil Roland GALTIER, en attendant les crédits de l’Etat.

- Après Jean RENAUD, son successeur, Gildas MENORET poursuit l’entretient de l’instrument.

- Aujourd’hui, c ‘est le facteur d’orgue nantais Nicolas TOUSSAINT qui en a la charge.


En décembre 2005, différents travaux furent réalisés sur l'instrument :

- l'alimentation en vent a été revue (porte-vent, gosiers ...). Les fuites sont en partie colmatées.
- l'harmonisation et le relevage du Grand Orgue, du Positif et de la Pédale ont été refaits. Celle des cornets est à terminer.

Restent le relevage et l'harmonisation du récit et de la Bombarde.

Puis viendra la ré harmonisation d'ensemble.

La Maison Pétrique a posé un combinateur, financé par la Paroisse et les Amis de la Cathédrale ; cela a impliqué une transformation de la console.



la console Beuchet-Debierre et le combinateur

photo : JP Drapeau